Ames
soeurs
Chapitre 4 :
Souvenir d une terrible journée
Genre : Ca commence à faire mal
Il lui fallut quelques minutes pour réaliser
que la classe était désormais presque vide.
Il la parcourut rapidement du regard, étonné
de ne pas s’en être rendu compte plus tôt, perdu dans ses pensées.
Elle était maintenant totalement
silencieuse, presque effrayante et plongée dans une étrange pénombre. Les
fenêtres semblaient voilées et le soleil, qui avait pourtant brillé toute la matinée,
s’était retranché derrière d’épais nuages noirs qui présageaient un orage tel
qu’il en avait rarement observé.
Il n’avait jamais vu changement de temps si
rapide, même dans les périodes de giboulées et y perçut le signe de mauvais
présages.
Il secoua la tête, tentant de chasser de son
esprit cette pensée peu réconfortante pour se concentrer sur l’instant présent.
Je
suis stupide.
Stupide et fatigué.
Stupide, fatigué ET observé.
Il leva les yeux vers le tableau.
Seul demeurait à son bureau, une lueur
étrange flottant dans le regard, le professeur Ernst. Il le dévisageait de ses
immenses yeux gris, semblant se demander à quelle sauce il allait le manger et
gardait ce petit sourire sadique qu’il avait arboré toute la matinée.
Aucun doute ! Il avait pris un malin
plaisir à torturer ses élèves avec un contrôle aussi pervers qu’inutile. Rien
de ce qu’il avait pu demander n’avait de réelle importance, si ce n’est sur un
plan anecdotique et ce n’était certainement pas ce qui les aiderait à réussir
l’examen de fin d’année.
D’une main, Ernst battait la mesure sur le
bureau, dans un étrange silence qui le faisait paraître encore plus irréel.
Draco aurait presque pu croire à cet instant que les doigts traversaient le
lourd bois de chêne, s’il n’avait vu la peau d’albâtre y rebondir avec une
régularité effrayante.
Cet homme serait bien pire que ne l’avait
jamais été Rogue.
Quoi que puisse croire les gens, il avait
toujours détesté son professeur et « mentor », qui n’éprouvait que
haine et mépris pour le reste du monde, surtout pour les gens de bien. Il le
haïssait car c’est lui, plus tard, qu’il croyait voir quant il se plongeait
dans son regard et cela lui avait toujours donné la nausée.
Mais Ernst était plus terrible encore, son
corps avait quelque chose de vampirique et malsain qui le fit frémir
involontairement et déglutir avec peine.
On lui aurait dit à cet instant que l’homme
se nourrissait exclusivement de sang humain, que Draco n’en aurait pas été
surpris.
Il avait rarement senti une véritable
frayeur courir dans ses veines face à un sorcier, mais nul doute que c’est bien
ce qu’il ressentait.
Oui de
la peur.
Je
suis terrorisé.
Il
me le rappelle…
…
et je ne veux pas me souvenir.
Pourquoi a-t-il fallu que je me souvienne ?
Pourquoi ?
Malfoy se détourna rapidement de ce regard
qui faisait renaître en lui beaucoup trop de pensées douloureuses et entreprit
de ramasser rapidement ses affaires pour quitter la salle le plus vite
possible.
Il rangea livres et cahiers, qui traînaient
encore dans le casier de son bureau, au fond de son sac et essuya rapidement sa
table pour en effacer toutes tâches.
Ses mains tremblaient sans qu’il ne puisse
s’en empêcher et lorsqu’il voulut prendre sa trousse pour la ranger à son tour,
il renversa tous ce qu’elle contenait.
La plus part de ses stylos roulèrent sur la
table et il put les rattraper facilement, mais deux ou trois au moins tombèrent
à terre et disparurent de sa vue.
Il retint le juron qui lui montait aux
lèvres et s’agenouilla rapidement pour les ramasser.
Il en avait déjà retrouvé deux, lorsqu’il
sentit soudain une ombre derrière lui. Son cœur se serra douloureusement et il
dut se faire violence pour ne pas sursauter et crier. Il attrapa rapidement un
crayon sur sa droite et se retourna vivement pour faire face à Ernst.
Celui avait avancé vers lui une main
squelettique et presque transparente dont le contact le glaça lorsqu’elle lui
effleura l’épaule.
D’un seul bond, le jeune homme fut sur pied
et fit deux pas en arrière pour échapper à l’homme, buttant contre un bureau
qu’il faillit renverser dans son désir de s’échapper.
Le sourire de Ernst s’agrandit un peu plus,
transformant son visage en un masque digne des plus grands films d’épouvante et
dévoilant une rangée de dents blanches et parfaites.
Draco voulut s’éloigner un peu plus de sa
désagréable présence, mais toujours coincé par le bureau, il dut se résoudre à
ne pas bouger. Il aurait fui si ses affaires n’avaient pas été hors de portée
derrière l’affreux personnage.
_ Et bien et bien, jeune homme, dit Ernst
d’une voix étrangement sensuel. Je ne croyais pas vous avoir fait aussi peur.
Draco réalisa soudain qu’il entendait sa
voix pour la première fois.
Ils n’avaient été prévenus qu’une demi-heure
avant le cours, du changement de professeur pour les semaines à venir et
lorsqu’il était rentré en classe il n’avait pas dit mot.
Pour se présenter, Ernst avait rapidement
écrit son nom au tableau et ils avaient à peine eu le temps de digérer
l’information qu’ils avaient déjà le sujet du contrôle sous les yeux. Le tout
sans qu’aucune parole n’ait été prononcée.
Il n’aurait jamais imaginé qu’il puisse
avoir une voix aussi agréable. Elle était basse sans être trop grave et légèrement
rauque, presque musicale d’une certaine façon et dévoilait un léger accent aux
résonances galloises.
Draco en resta ébahi et dut se forcer à
fermer la bouche avant qu’il ne gobe une mouche.
Le professeur sembla s’en amuser puisque son
ton se fit un peu moqueur lorsqu’il dit :
_ Je voulais juste vous aider. Tenez !
Il lui tendit le dernier crayon qu’il lui
manquait et Malfoy hésita un petit instant avant de le prendre pour ensuite
s’avancer vers sa table et remettre le tout dans sa trousse.
_ Merci souffla-t-il rapidement.
_ Ce fut un plaisir.
Draco se contenta d’esquisser un petit
mouvement de tête avant de finir de ranger ses affaires et d’agripper son sac
sous son bras.
Il sentit, plus qu’il ne vit Ernst regagner
sa table et lui lança un dernier regard, se demandant soudain s’il l’avait
vraiment jugé à sa juste valeur.
Seul l’avenir le lui dirait.
Si avenir il avait encore.
C’est sur cette pensée qu’il quitta
précipitamment la salle.
A peine franchit le seuil de la porte, il faillit
percuter son professeur de défense contre le mal, Remus, qui visiblement venait
saluer le nouvel arrivant. Il s’excusa rapidement et s’éloigna d’un pas pressé,
tête basse, sous le regard inquiet de ce dernier.
A aucun moment il ne remarqua que le soleil
brillait de toute sa splendeur à l’extérieur, pas plus qu’il ne prêta attention
à la frêle silhouette qui le suivit du regard, avant de lui emboîter
discrètement le pas.
***
La deuxième personne qu’il faillit percuter fut
le professeur McGonagall. Il se dirigeait vers sa chambre pour y déposer ses
affaires de cours et se préparer pour la partie de Quidditch qui devait avoir
lieu un quart d’heure plus tard, lorsqu’il la frôla au détour d’un couloir.
Il faillit ne pas lui prêter attention,
toujours tête basse, s’excusant faiblement et s’apprêtant à poursuivre son
chemin, lorsqu’il l’entendit murmurer son nom.
Il releva rapidement les yeux et lorsqu’il
la reconnut enfin son sang se glaça, tous les douloureux évènements de la
veille refaisant surface.
Lorsque
le professeur McGonagall le convoqua dans son bureau en plein milieu du dernier
cours de la journée, celui de potion, Draco sentit une vingtaine de paires
d’yeux se retourner vers lui pour le fixer avec une intensité morbide.
Certains étaient juste étonnés, d’autres visiblement ravis et un ou deux
seulement, désintéressés.
Rogue quant à lui semblait inquiet, se demandant visiblement ce que le
jeune homme avait pu faire de répréhensible. Draco n’avait jamais réellement
compris l’intérêt que l’homme lui portait, même si son père et lui avait été
ami. Il détestait sa présence encombrante et fétide, mais n’en avait jamais
soufflé mot. Il l’avait, malgré tout, aidé en quelques occasions.
Le
sorcier détestait McGonagall.
Draco aurait pu jurer qu’il aurait donné n’importe quoi pour pouvoir
l’accompagner, mais il ne pouvait certainement pas abandonner sa classe et de
toute manière, il doutait que la sorcière lui ait même seulement accordé le
droit de le suivre dans son bureau.
Lui-même ne savait pas trop quoi penser. Il ne se souvenait pas avoir
fait quoi que ce soit qui puisse mériter une telle attention sur sa personne et
c’est avec un évident manque d’entrain qu’il se leva et rangea ses affaires.
Abandonnant son partenaire de quelques heures au milieu d’une expérience
des plus délicates, il suivit, sans un mot, Hagrid qui était venu porter le
message.
Le
géant d’habitude assez bavard ne lui adressa pas une seule fois la parole et
lui jeta de temps en temps de petits coups d’œil mécontents.
Draco sentit son cœur battre plus vite à mesure que le temps passait, ne
comprenant absolument pas ce qui l’attendait. Oh, bien sûr, il n’avait jamais
été réellement proche de Hagrid, pas comme Harry pouvait l’être, mais il avait
développé une certaine relation avec le géant depuis que ce dernier avait
découvert sa passion pour les animaux.
Il
l’avait trouvé un jour, pas très loin de sa maison, soignant la patte blessée
d’un jeune faon. Draco était allé jusqu’à déchirer sa toute nouvelle cape pour
bander l’animal et lui créer ainsi une attèle solide qui lui permettrait de
marcher.
Le
géant n’en était pas revenu sur le coup et n’avait cessé de le dévisager le
reste du chemin comme un animal bizarre.
Draco ne lui en avait pas voulu, sa réputation était telle qu’il
comprenait parfaitement sa réaction. Lui-même n’était pas exempte de griefs à
son encontre. Il avait finit par lui avouer avec mauvaise grâce sa passion pour
le monde animal. Ainsi était-il rentré ainsi dans les bonnes grâces du
bonhomme.
C’était un secret qu’il partageait en silence depuis lors, les quelques
fois où Draco pouvait s’échapper et venir faire en tour en forêt pour l’aider.
Pouvait-on réellement parler d’amitié, peu probable, mais de respect
certainement. Draco s’était toujours arrangé pour qu’il ne puisse en être
autrement. Aussi, à voir le géant le dévisager ainsi, il redoutait de plus en
plus ce qui allait se passer.
Il
arrivèrent rapidement devant la porte du bureau de McGonagall et Hagrid frappa
deux coups brefs avant d'ouvrir le panneau de bois et de pousser Malfoy dans la
pièce.
Le
jeune sentit la porte se refermer aussitôt derrière et il se retourna pour
s’apercevoir qu’il était seul. Le géant était partit.
Un
petit toussotement ramena son attention sur le bureau lui-même. La pièce était
plutôt grande et peu accueillante. Aucune décoration, aucun tableau, aucun
bibelot ne venait trancher la sévérité du lieu. Un simple bureau trônait au
milieu de la pièce, sur lequel s’entassaient plusieurs centaines de dossiers
parfaitement ordonnés et classés. Chaque mur était en fait d’immenses
bibliothèques, contenant à droite, plusieurs centaines de livres probablement
classés dans l’ordre alphabétique et à gauches des dizaines de classeurs de rangement.
Pas un papier, pas un stylo, pas un livre mal rangé ou désordonné ne
venait rompre l’agencement strict du lieu qui était d’une propreté à faire
pâlir la plus habile ménagère.
Le
sol, en bois de chêne verni, brillait parfaitement et Draco était bien sûr que
même en passant un gant blanc dans les recoins les plus inaccessibles, il
n’aurait pu y trouver un grain de poussière.
McGonagall était installé à sa table de travail, ses lunettes correctement
positionnées et ses cheveux sévèrement tirés en arrière lui donnant un air
terriblement sérieux. Ses coudes étaient posés à même le bureau et son menton
reposait sur ses mains jointes à hauteur du cou.
Derrière elle, se tenait droit comme un i et les bras croisés sur sa
poitrine, le professeur Flitwick. Malgré tout ça bonne volonté le pauvre
gardait un air un peu enfantin et naïf qui réduisait à néant toute tentative de
paraître sévère.
A
eux deux, il formait un couple étrangement disparate et Draco en aurait ri s’il
ne s’était pas trouvé dans une situation aussi difficile.
_
Approchez, monsieur Malfoy, dit soudain la sorcière d’une voix froide et…
mauvaise ? Il ne pouvait pas le jurer, elle contrôlait trop bien ses
émotions.
_
Prenez un siège.
Draco se dépêcha d’avancer et tira la chaise qui se trouvait devant le
bureau pour s’y asseoir, gardant son sac sur ses genoux. Il s’y installa le
mieux qu’il put, ne pouvant s’empêcher de se tortiller d’appréhension sous le
regard tranchant des deux professeurs. Jamais, au grand jamais, il ne les avait
vu si furieux. Enfin Flitwick tout du moins, mais même si elle se gardait bien
de montrer ses sentiments, McGonagall était bien trop silencieuse et se tenait
bien trop raide pour ne pas l’être.
Plusieurs
minutes passèrent sans qu’aucun des deux adultes ne prennent la parole et Draco
sentit son cœur prêt à céder tant il battait furieusement dans sa poitrine.
Une seul phrase se répétait inlassablement dans son esprit :
Qu’ai-je donc bien fait ? Qu’ai-je donc bien fait ? Qu’ai-je donc
bien fait ?
Il
eut bien du mal à réprimer un soupir de soulagement lorsque McGonagall prit
enfin la parole, détendant imperceptiblement l’atmosphère de la pièce.
_
Monsieur Malfoy, dit-elle, il me semble que vous connaissez Den Williams, un
des élèves de Poufsouffle.
Draco se raidit un peu à ce nom et se contenta de hocher lentement la
tête en signe d’acquiescement. Den était un étudiant arrivé récemment d’une
autre école de magie. Une vraie tête brûlée. Il avait déjà, selon les rumeurs,
connu trois établissements différents et s’était fait à chaque fois renvoyer.
Son arrivé à Poudlard n’avait pas été sans causer pas mal de remue-ménage.
Beaucoup avaient parié que lui et Draco s’entendraient à merveille, mais ça n’avait
pas été le cas. Il ne supportait pas ce personnage à la personnalité encore
pire que la sienne et qui avait rapidement eu tôt fait d’acquérir une
réputation terrible.
Oh, il ne le jalousait pas, loin de là. Les mauvais tours qu’ils
jouaient à tour de bras avaient, le plus souvent, des conséquences
catastrophiques et plusieurs élèves avaient déjà été sérieusement blessés.
Toute l’école se demandait encore comment une telle terreur avait pu se
retrouver à Poufsouffle, alors que sa place était de toute évidence au sein des
Serpentards. Mais ces derniers, dont Draco, étaient bien soulagés que ce ne fut
pas le cas. Il avait fait perdre à son groupe un nombre de point considérable,
alors qu’il n’était là que depuis un mois et dès la deuxième semaine, ils
n’avaient déjà plus eu aucune chance de prétendre gagner la coupe des Quatre
Maisons.
D’après les rumeurs sa dernière exaction avait eu lieu le matin même et
avait causé énormément de dégâts en classe d’enchantement. Celle-ci devrait
être fermée quelque temps pour être correctement rénovée et d’après ce qu’il
avait entendu dire, beaucoup de livres avaient été perdus à tous jamais, dont
quelques exemplaires très rares.
D’où, probablement, la raison de la présence de Flitwick ici… mais pas
la sienne. Qu’avait-il donc à voir avec tout ça ?
_
Je vois que vous vous demander en quoi cela vous concerne ?
A
nouveau, Draco se contenta d’acquiescer en silence.
_Et bien, d’après monsieur Williams, il n’aurait pas agit seul…
La
sorcière n’eut pas besoins de terminer sa phrase pour que le jeune homme
comprenne toutes les implications de ce qu’elle venait de dire et en frémisse.
« Den, salopar ! » Pensa-t-il.
Elle continua.
_
… il nous a affirmé que vous l’avez plus qu’aidé dans cette affaire. Vous comprendrez
qu’avec votre réputation, nous soyons en droit de nous poser la question.
Encore une fois, Draco ne put que hocher la tête.
Il
devait paraître assez calme, mais intérieurement, il bouillonnait.
_
Alors ?
_
Je ne l’ai jamais aidé, dit-il en crispant le poing. Je ne suis pas assez
stupide pour faire une chose pareille.
McGonagall allait répliquer quand Flitwick prit la parole pour la
première fois.
_
Comprenez que nous aimerions vous croire sur parole jeune homme, ce n’est
malheureusement pas le cas. Aussi nous aimerions que vous vous soumettiez à un
test de vérité.
Draco se redressa immédiatement, les yeux exorbités et laissa exploser
sa colère.
_
Il en est hors de question ! Cria-t-il. Vous n’avez pas le
droit !
McGonagall
se leva à son tour et le toisa furieusement.
_
Nous en avons le droit et nous allons le faire, dit-elle d’une voix glaciale,
que cela vous plaise ou non !
_
Mon père…
_
Votre père ne pourra rien faire, le coupa-t-elle. Il se doit de respecter les
choix de notre établissement et n’a aucun droit d’intervenir sans bonne raison
dans nos décisions. Maintenant, soit vous vous soumettez gentiment et sans
résistance, soit nous vous y forcerons. De toutes les façons vous passerez ce
test et s’il s’avère que vous êtes réellement coupable…
_
Et si ce n’est pas le cas, grinça le blond.
_
Dans ce cas vous aurez été complètement disculpé et vous n’aurez plus rien à
craindre.
Draco hésita encore quelques secondes avant de se rasseoir, résigné. Il
détestait ça, mais elle avait raison. Vu qu’il n’avait rien à se reprocher, il
n’avait rien à craindre et serrait lavé de tout soupçon.
_
Faites ! Dit-il dans un murmure.
Flitwick s’avança rapidement vers lui.
_
Je vais invoquer un sort, expliqua-t-il, qui va désinhiber votre faculté à
cacher la vérité ou à l’occulter. Nous allons vous poser quelques questions
simples auxquelles vous serez obligé de répondre sincèrement. Pour faciliter la
tâche, étant donné que le sort à tendance à produire un effet de somnolence,
nous allons nous « connecter » à votre esprit, ainsi vous n’aurez
aucune difficulté à nous répondre. Cela vous va ?
_
Il n’y a aucune chance que vous pénétriez plus profondément en moi.
_
Non, bien sûr que non. Nous ne chercherons que ce que nous voulons savoir.
Draco soupira.
_
Nous pouvons commencer ? Demanda McGonagall.
_
De toute façon, je n’ai pas le choix, souffla le jeune homme.
_
Détendez-vous et fermez les yeux.
Draco s’exécuta à contre cœur et se laissa aller au fond su siège. Il
sentit une main sur son épaule et ouvrit rapidement un œil pour voir les deux
professeurs se tenir l’un l’autre pour former une chaîne de communication,
avant de le refermer.
Il
entendit la formule résonner rapidement dans l’air et son corps sembla
s’engourdir. La voix de Flitwick résonna soudain à son cerveau, lui demanda de
ne pas chercher à résister, ce qu’il fit. Ils lui posèrent rapidement les
questions auxquelles ils voulaient obtenir une réponse et Draco se sentit
répondre sans même qu’il ne le veuille réellement. Au bout de quelques minutes,
il semblèrent satisfait et allaient se retirer quand il se passa un événement
auquel ils ne s’attendaient apparemment pas.
Le
jeune homme sentit une barrière céder en lui, comme un mur érigé dans son esprit
sans qu’il le sache, qui s’écroula en un instant. Il eut à peine le temps
d’entendre Flitwick crier que son sort en avait détruit un autre, avant qu’un
torrent d’images ne se déverse en lui.
Il
ne sentit pas les deux professeurs sursauter face à ce flot de souvenirs dont
ils eurent à peine le temps de percevoir quelques fragments, avant qu’il ne
s’écarte violemment, rompant le contact en se levant de sa chaise. Il se mit
alors à pousser un cri déchirant qui résonna dans toute la pièce.
Se
prenant la tête entre les mains et tombant à genoux, il poussa un second
hurlement de pure souffrance, alors qu’il tentait vainement d’échapper aux
images terrifiantes qui ne cessaient de tourbillonner dans son esprit et qu’il
savait être réelles.
Des souvenirs d’une époque lointaine qu’il avait oubliée sans qu’il ne
sache comment.
Le
flot ne cessait de s’emballer toujours plus terrible et se répétant sans cesse
comme un disque rayé, le rendant à moitié fou.
Il
partit en un long sanglot hystérique alors que chaque scène se rejouait devant
lui avec une précision et une netteté par trop parfaites.
Il
agonisait comme il avait agonisé à chacun de ses instants, alors que son
univers de tentait de pourpre.
Du
sang.
Toujours plus de sang.
Cries.
Souffrances.
Agonie.
Désir de mourir.
Le
tout se mélangeant dans un maelström de terreur sans nom.
Il
ne sut combien de temps passa avant que son esprit ne commence à se calmer. Il
n’avait plus aucune notion du monde qu’il l’entourait. Puis, lentement, les
images se firent moins violentes, moins répétitives et il put petit à petit les
repousser dans un coin de son être où elles seraient un peu moins difficiles à
supporter.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, ceux-ci étaient englués par des larmes qu’il
ne savait même pas avoir versé. Il était couché en position fœtale sur le
canapé d’un bureau qui n’était plus celui de McGonagall.
Un
petit coup d’œil à la fenêtre lui appris que la nuit était déjà tombée.
Combien d’heures avaient pu passer ?
Combien d’heures de souffrances ?
Il
voulut se relever et s’aperçut qu’il tremblait encore convulsivement. Il se
sentait vidé et terrifié.
Comment ?
Comment avait-il pu oublier ?
Et
pourquoi avait-il du se souvenir ?
En
un instant les deux professeurs qui, jusque là, l’observaient anxieusement en
parlant à voix basse, furent à ses côtés.
_
Mal… Commença McGonagall, mais le jeune homme ne la laissa pas finir.
_
Que m’avez-vous fait ? Demanda-t-il. QUE M’AVEZ-VOUS FAIT ?
Et
sans même attendre la réponse, il s’échappa du bureau sans savoir comment et
partit en courant pour échapper aux deux sorciers qui s’étaient lancés à sa
poursuite en criant son nom.
Cela faisait si mal.
Mon dieu si mal.
Le reste n’était plus que brouillard. Il
avait atteint sans trop savoir comment le toit de la tour de magie, après en
avoir déverrouillé les différentes protections et s’y était réfugié pour
pleurer tout son soul et essayer de calmer sa douleur.
Puis…
Puis Ron était arrivé et l’avait consolé. Et
pendant quelques merveilleux instants, au creux de ses bras, il était parvenu à
oublier.
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